
Le 22 avril 2026, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) a décidé de geler 215 millions d’euros de crédits pourtant votés par le Parlement, déjà fléchés et attendus par les établissements.
Une décision d’autant plus choquante qu’elle intervient deux jours seulement après l’annonce de 207 millions d’euros dédiés à la prévention de la perte d’autonomie.
D’un côté on communique, de l’autre on bloque.
Ce double discours n’est ni neutre ni technique : il est irresponsable.
Les chiffres sont connus, mais manifestement toujours ignorés par les décideurs publics.
Selon l’enquête Besoins en main‑d’œuvre 2026, le secteur de la santé et de l’action sociale est devenu le premier recruteur de France, avec 332 000 intentions d’embauche, alors même que les recrutements reculent partout ailleurs.
Pourtant, six recrutements sur dix sont jugés difficiles, et la pénurie est désormais structurelle :
À l’horizon 2030, 500 000 postes devront être pourvus.
Sur le terrain, cette crise se traduit déjà par des taux de vacance atteignant 14 % dans le secteur du grand âge, par le recours massif à l’intérim et par la réduction d’activités, voire la fermeture de places dans de nombreux établissements.
La cause principale de cette perte d’attractivité est connue : la question salariale.
Depuis trente ans, les grilles conventionnelles ont progressé de 16 à 20 %, quand, dans le même temps, l’inflation atteignait 54 % et le SMIC 113 %.
Conséquence directe :
Aujourd’hui, 10 métiers sur 22 de la convention 66 sont sous‑rémunérés en début de carrière.
Cette situation n’est pas conjoncturelle : elle est le résultat d’un sous‑financement politique assumé, qui continue de considérer ces métiers comme des vocations, et non comme des professions qualifiées et responsables.
Annoncé en 2020 comme une reconnaissance historique, le Ségur de la Santé a surtout mis en lumière toutes les failles du système : financements incomplets, compensations hétérogènes, responsabilités diluées entre l’État, les départements et les financeurs.
Plus grave encore, les cadres intermédiaires – chefs de service, coordinateurs, encadrants – ont été largement exclus des revalorisations, alors même qu’ils assurent l’organisation, la continuité et la qualité des accompagnements.
Avec des rémunérations en moyenne 16 % inférieures à celles des cadres français, ils sont les grands oubliés d’une réforme pourtant présentée comme universelle.
Dans ce contexte déjà dégradé, le gel des 215 millions d’euros n’est pas un simple arbitrage budgétaire.
Il a des conséquences immédiates :
La Fédération CFE‑CGC Santé Social le dit clairement :
le secteur associatif sanitaire, social et médico‑social ne peut plus être la variable d’ajustement des finances publiques.
Face à cette situation devenue intenable, la CFE‑CGC Santé Social exige :
La santé, l’autonomie et le handicap ne sont pas des lignes budgétaires.
Ce sont des priorités humaines.
Ne pas les financer, c’est faire le choix de l’affaiblissement social et collectif.
La CFE‑CGC SMS continuera de porter ces alertes, chiffres à l’appui, dans le débat public et auprès des pouvoirs publics.
Parce que derrière chaque poste vacant, chaque crédit gelé, ce sont des accompagnements qui disparaissent.