
Sur le fond, la réforme est largement perçue comme positive. Les contenus ont été réorganisés pour mieux refléter les évolutions du rôle infirmier :
Ces évolutions répondent aux transformations majeures du secteur : diagnostic infirmier, prescription infirmière, montée en puissance des Infirmiers en Pratique Avancée (IPA), élargissement des missions en prévention et en éducation thérapeutique.
Malgré ces avancées, plusieurs éléments pratiques fragilisent la réforme et inquiètent les formateurs comme les équipes soignantes.
Le maintien d’une formation en trois ans, malgré l’ajout de nouveaux contenus, est l’un des points les plus contestés. la CFE CGC Santé Social, la FNI et plusieurs conférences universitaires alertent depuis des années :
L’augmentation de 10 % du volume horaire total interroge : comment absorber davantage de contenus dans un calendrier déjà saturé ?
Le décret impose désormais un stage obligatoire en service de psychiatrie pour chaque étudiant. Sur le principe, la mesure est saluée : la psychiatrie est un pilier du soin infirmier, et la crise de santé mentale impose une meilleure formation.
Mais la réalité du terrain est tout autre :
Fermetures de lits, manque chronique de personnel, services saturés,territoires dépourvus de structures psychiatriques suffisantes.
Déjà en 2009, le référentiel prévoyait un stage en santé mentale, mais les IFSI avaient dû recourir à des alternatives (handicap mental, unités Alzheimer), faute de places disponibles. Aujourd’hui, la prescription est stricte : psychiatrie obligatoire, sans alternative. Pour de nombreux territoires, c’est tout simplement impossible, même pour d’autres spécialités comme la pédiatrie.
La CFE CGC SMS, comme d’autres organisations, alerte sur un risque de blocage logistique, voire d’inégalité territoriale dans l’accès à la formation.
Comme souvent, les cadres de santé seront en première ligne pour assurer la mise en œuvre du nouveau dispositif.
Organisation des stages, accompagnement pédagogique, évaluation des compétences, coordination entre les instituts de formation et les services de soins : leurs responsabilités vont encore s’accroître.
Pourtant, nombre de cadres alertent depuis plusieurs années sur l’insuffisance des moyens, la multiplication des tâches administratives et les difficultés croissantes de recrutement.
La CFE-CGC SMS estime qu’il est indispensable que cette réforme s’accompagne d’une véritable réflexion sur l’attractivité des fonctions d’encadrement et sur la reconnaissance des responsabilités exercées.
Elle propose une vision moderne, cohérente et alignée avec les évolutions du métier. Mais elle repose sur un cadre inchangé – trois ans de formation, des terrains de stage en crise – qui rend sa mise en œuvre extrêmement complexe.
Le nouveau référentiel du DEI marque une étape importante dans la reconnaissance du rôle infirmier. Cependant, sans ajustements structurels, la réforme risque de fragiliser davantage les étudiants, les formateurs et les équipes soignantes déjà sous tension.
Les organisations professionnelles appellent désormais à une phase 2 de la réforme, centrée sur les moyens, les ressources et la faisabilité réelle des ambitions affichées.
Pour la CFE-CGC SMS, investir dans la formation infirmière, c’est investir dans l’avenir de notre système de santé.