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Réforme du Diplôme d’État Infirmier : une modernisation ambitieuse… mais sous tension

La publication au Journal officiel du décret n°2026 130 du 20 février 2026 a officialisé une refonte majeure du Diplôme d’État d’infirmier (DEI). Attendue depuis longtemps par les professionnels de terrain comme par les équipes pédagogiques des Instituts de Formation en Soins Infirmiers (IFSI), cette réforme promettait de moderniser une formation dont le référentiel, datant de 2009, ne répondait plus aux réalités du métier. Si l’intention est saluée, la mise en œuvre soulève déjà de fortes inquiétudes.
Réforme du Diplôme d’État Infirmier : une modernisation ambitieuse… mais sous tension

Un référentiel enfin actualisé : une vision plus cohérente du métier infirmier

Sur le fond, la réforme est largement perçue comme positive. Les contenus ont été réorganisés pour mieux refléter les évolutions du rôle infirmier :

  • Approche holistique du soin, intégrant prévention, éducation thérapeutique et coordination.
  • Intégration du numérique en santé, désormais incontournable dans les pratiques quotidiennes.
  • Prise en compte de la santé environnementale, en cohérence avec les politiques nationales de santé publique.
  • Renforcement du leadership infirmier, indispensable dans un contexte où la coordination d’équipe et la gestion de situations complexes deviennent centrales.
  • Augmentation des périodes de stage, rappelant un principe fondamental : le métier s’apprend d’abord sur le terrain.

Ces évolutions répondent aux transformations majeures du secteur : diagnostic infirmier, prescription infirmière, montée en puissance des Infirmiers en Pratique Avancée (IPA), élargissement des missions en prévention et en éducation thérapeutique.

Des obstacles majeurs : un cadre qui ne suit pas les ambitions

Malgré ces avancées, plusieurs éléments pratiques fragilisent la réforme et inquiètent les formateurs comme les équipes soignantes.

  1. Une formation toujours limitée à trois ans… mais alourdie de 10 %

Le maintien d’une formation en trois ans, malgré l’ajout de nouveaux contenus, est l’un des points les plus contestés. la CFE CGC Santé Social, la FNI et plusieurs conférences universitaires alertent depuis des années :

  • La formation infirmière est la plus chargée de toutes les Licences françaises, avec un volume horaire déjà supérieur à la moyenne universitaire.
  • L’ajout de nouveaux enseignements sans allongement du cursus crée un risque de surcharge, en contradiction avec les discours institutionnels sur le bien être étudiant et la prévention de la détresse psychologique.

L’augmentation de 10 % du volume horaire total interroge : comment absorber davantage de contenus dans un calendrier déjà saturé ?

  1. L’obligation de stage en psychiatrie : une mesure pertinente… mais irréalisable

Le décret impose désormais un stage obligatoire en service de psychiatrie pour chaque étudiant. Sur le principe, la mesure est saluée : la psychiatrie est un pilier du soin infirmier, et la crise de santé mentale impose une meilleure formation.

Mais la réalité du terrain est tout autre :

Fermetures de lits, manque chronique de personnel, services saturés,territoires dépourvus de structures psychiatriques suffisantes.

Déjà en 2009, le référentiel prévoyait un stage en santé mentale, mais les IFSI avaient dû recourir à des alternatives (handicap mental, unités Alzheimer), faute de places disponibles. Aujourd’hui, la prescription est stricte : psychiatrie obligatoire, sans alternative. Pour de nombreux territoires, c’est tout simplement impossible, même pour d’autres spécialités comme la pédiatrie.

La CFE CGC SMS, comme d’autres organisations, alerte sur un risque de blocage logistique, voire d’inégalité territoriale dans l’accès à la formation.

Les cadres de santé au cœur de la réussite de la réforme

Comme souvent, les cadres de santé seront en première ligne pour assurer la mise en œuvre du nouveau dispositif.

Organisation des stages, accompagnement pédagogique, évaluation des compétences, coordination entre les instituts de formation et les services de soins : leurs responsabilités vont encore s’accroître.

Pourtant, nombre de cadres alertent depuis plusieurs années sur l’insuffisance des moyens, la multiplication des tâches administratives et les difficultés croissantes de recrutement.

La CFE-CGC SMS estime qu’il est indispensable que cette réforme s’accompagne d’une véritable réflexion sur l’attractivité des fonctions d’encadrement et sur la reconnaissance des responsabilités exercées.

 

Une réforme ambitieuse, mais déconnectée des réalités du terrain

Elle propose une vision moderne, cohérente et alignée avec les évolutions du métier. Mais elle repose sur un cadre inchangé – trois ans de formation, des terrains de stage en crise – qui rend sa mise en œuvre extrêmement complexe.

Une modernisation nécessaire, mais à consolider

Le nouveau référentiel du DEI marque une étape importante dans la reconnaissance du rôle infirmier. Cependant, sans ajustements structurels, la réforme risque de fragiliser davantage les étudiants, les formateurs et les équipes soignantes déjà sous tension.

Les organisations professionnelles appellent désormais à une phase 2 de la réforme, centrée sur les moyens, les ressources et la faisabilité réelle des ambitions affichées.

Pour la CFE-CGC SMS, investir dans la formation infirmière, c’est investir dans l’avenir de notre système de santé.

 

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